En 2024, le magazine Wired révèle que le prochain film de Danny Boyle, 28 ans plus tard, a été tourné en grande partie avec des iPhone 15 Pro Max. Budget du film : environ 75 millions de dollars.
La nouvelle a fait le tour des forums de vidéastes, et tout le monde en a tiré la même conclusion : le téléphone a gagné. Puis les photos du plateau sont sorties. Le téléphone y est enfermé dans une cage métallique, avec une optique de cinéma Panavision vissée devant, un moniteur de contrôle à côté et une équipe son autour. Sur ce tournage, l'iPhone était l'élément le moins cher du dispositif, et de très loin.
C'est exactement la question que je reçois en rendez-vous, au point que j'ai fini par mettre un comparatif « et si je le faisais moi-même ? » sur ma propre page d'offre. La réponse honnête est : oui pour certaines vidéos, non pour d'autres. Le problème, c'est que personne ne dit jamais où passe la ligne. Voilà où elle passe.
Ce que votre téléphone fait mieux que moi
Il est dans votre poche au moment où la chose arrive. Moi, je suis à quarante minutes de route et il faut m'appeler la veille. Pour tout ce qui est daté, cet écart est décisif : trois jours plus tard, le chantier est rangé, le client est reparti, la pièce est livrée.
Il y a trois cas où je conseille sincèrement le téléphone, sans arrière-pensée commerciale :
- L'instant qui ne se reproduira pas. Une dalle qu'on coule, une pièce qui sort de l'atelier, la réaction d'un client quand il découvre le résultat. Si vous attendez un tournage, c'est perdu.
- La réponse à une question posée ce matin. Trente secondes face caméra pendant que le sujet est chaud. La fraîcheur compte plus que la netteté.
- La preuve brute. Un avant / après filmé sans mise en scène. Le soin apporté à l'image rendrait presque le résultat moins crédible.
Le point faible n'est pas l'image, c'est le son
Les capteurs des téléphones sont excellents depuis plusieurs années, et en pleine lumière l'écart d'image avec mon matériel s'est nettement réduit. Le micro, lui, n'a pas bougé : il est à bout de bras de votre bouche et il enregistre tout ce qui traîne, la rue, le ventilateur, la réverbération de l'atelier, le compresseur du voisin.
On croit que ça se pardonne. Les travaux d'Eryn Newman et Norbert Schwarz, publiés en 2018 dans la revue Science Communication, disent le contraire. Ils ont diffusé à des participants des présentations scientifiques identiques en ne faisant varier qu'une seule chose : la qualité du son. Même intervenant, mêmes mots, même contenu. Quand le son était dégradé, les participants jugeaient le chercheur moins intelligent, moins sympathique, et sa recherche moins importante.
Transposez chez vous. Un son sale ne fait pas penser « mauvaise vidéo », il fait penser « entreprise approximative », et le spectateur ne saura même pas pourquoi. C'est le piège : le défaut qui vous coûte le plus cher est celui que vous n'entendez plus, parce que vous connaissez déjà le bruit de votre atelier.
La deuxième ligne, c'est la durée
Ce qui produit un résultat sur les réseaux, ce n'est jamais la première vidéo. C'est la vingtième. Mozukai est ma propre marque, et je m'en sers de laboratoire avant de proposer quoi que ce soit à un client : plus de 20 000 vues organiques, avec moins de 1 000 abonnés au départ. Ce n'est pas le matériel qui a produit ça, c'est d'avoir tenu le rythme sans sauter de semaine.
Et tenir ce rythme soi-même n'est pas gratuit, c'est payé en soirées. Filmer, trier, monter, sous-titrer, publier, recommencer : comptez plusieurs heures par semaine, toutes les semaines, y compris celles où vous avez un devis urgent à sortir. C'est la seule raison d'être de mon offre Présence : 4 h de votre temps une fois par mois, un tournage groupé, 4 vidéos prêtes à publier, 490 € par mois (prix net, TVA non applicable, article 293 B du CGI). Je ne la vends pas comme « mieux filmé ». Je la vends comme « ça sort quand même, la semaine où vous êtes débordé ».
Le témoignage que j'ai gardé en vidéo de téléphone
Sur mes pages, il y a l'avis vidéo de Kenny Faure, de l'agence Unaame. Il l'a filmé lui-même, avec son téléphone, et je l'ai publié tel quel, sans montage. Un vidéaste qui retouche le témoignage de son client détruit précisément ce qui lui donne sa valeur : quand c'est trop beau, on croit que c'est écrit. C'est tout le sujet de l'authenticité d'une vidéo, et c'est une vraie limite de mon métier.
De là vient la règle que j'applique, et qu'un dirigeant ne peut pas deviner seul : plus la vidéo parle de vous, moins le téléphone suffit. Plus elle donne la parole à quelqu'un d'autre, plus il convient.
Où passe la ligne, concrètement
Gardez le téléphone pour ce qui est daté, brut, et pour ce qui ne vous met pas en scène. Faites filmer ce qui va rester en ligne pendant trois ans et ce que le client regarde juste avant de vous appeler : la vidéo qui ouvre votre site, celle que vous joignez à un devis, celle que vous envoyez quand on vous demande « vous faites quoi, exactement ? ». Ces vidéos là, on ne les refait pas tous les mois, et c'est pour cette raison qu'elles ne supportent pas l'approximation.
Il reste un écart que personne n'anticipe, et qui se paie en refilmant. Une vidéo prise au téléphone à la verticale ne redescend pas en 16/9 sur un site : il n'y a rien sur les côtés, c'est tout. Quand je tourne une interview, je filme en 4K et je cadre large exprès, pour sortir une version site et une version réseaux de la même prise. Avec un téléphone tenu à la verticale, vous avez un usage, un seul, et il faut faire revenir la personne pour le second.
Reste la question qui arrive juste après, et sur laquelle je vois le plus de travail gâché : la vidéo est faite, on la met où ? Beaucoup s'arrêtent à une publication et passent à autre chose, alors qu'une même vidéo peut travailler pendant des années à sept ou huit endroits différents, dont au moins trois auxquels on ne pense jamais. C'est le sujet du prochain article.