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Votre vidéo est faite : la mettre où, pour qu'elle serve vraiment ?

Par Jérémy Moreau19 octobre 20265 min de lecture

En mars 2008, Drew Houston publie sur Digg une vidéo de démonstration de Dropbox, qui n'est alors qu'une version bêta privée. Il espérait 15 000 inscrits sur la liste d'attente, « au maximum ». Il en a eu 75 000 en vingt-quatre heures, comme il l'a raconté à TechCrunch en 2011.

Ce qu'on retient d'habitude, c'est la vidéo. Ce que Houston explique dans le même récit est plus intéressant : il avait glissé dans le film des clins d'œil faits pour le public de Digg, des références que seuls ceux qui fréquentaient le site comprenaient. Le contenu de fond était le même que dans la version précédente. Il avait simplement été retouché pour l'endroit où il allait être vu.

C'est la question que je vois gâchée le plus souvent chez mes clients : la vidéo est livrée, tout le monde est content, elle est publiée une fois sur une page, et elle y reste. Une vidéo bien faite peut travailler pendant des années à sept ou huit endroits. Voici lesquels, et dans quel ordre.

Là où quelqu'un hésite, pas là où il passe

Publier une vidéo sur un réseau social, c'est la mettre là où les gens défilent. Elle a quelques secondes pour les arrêter, et elle disparaît du fil en quelques jours. Mettre la même vidéo dans une signature d'email ou à côté d'un devis, c'est la placer au moment où une personne est déjà en train de se demander si elle va vous choisir.

Voilà la règle que j'applique : une vidéo se place là où quelqu'un hésite. Le fil d'actualité sert à se faire connaître. Les autres endroits servent à convaincre, et ce sont eux qu'on oublie.

Les deux endroits que tout le monde connaît

D'abord votre site. Une stratégie vidéo commence presque toujours par là, parce que c'est la seule adresse que vous maîtrisez : personne ne la change sans vous prévenir. Placez la vidéo en haut de la page qui répond à la question « que faites-vous exactement ? », pas en bas, pas dans une page « médias » que personne n'ouvre.

Ensuite les réseaux. Une étude de Metricool publiée en 2025 sur 577 180 publications de 47 735 pages LinkedIn montre que les impressions des vidéos y ont progressé de 73 % en un an, et leurs vues de 52 %. LinkedIn est donc un bon endroit pour une vidéo d'entreprise, à condition de la téléverser directement : un simple lien vers une vidéo hébergée ailleurs ne se lit pas comme une vidéo.

Le même raisonnement vaut pour YouTube, qui joue un rôle à part puisque c'est un moteur de recherche. J'en ai parlé dans un article sur le référencement YouTube des PME, et le principe n'a pas changé.

Les trois endroits auxquels on ne pense jamais

  • Le devis et la réponse à un appel d'offres. Quand vous envoyez un devis, votre client le compare à deux ou trois autres, souvent avec son associé, sans vous. Un lien vers une vidéo de deux minutes est la seule partie du dossier qui parle à sa place. C'est un endroit que peu d'entreprises soignent.
  • La signature de vos emails. Vous envoyez des dizaines de messages par semaine, à des gens qui ont déjà un intérêt pour vous. Une ligne « Voir comment on travaille » avec un lien vers votre vidéo de présentation touche un public déjà tiède, gratuitement, chaque jour.
  • Votre fiche Google et vos annonces de recrutement. Quelqu'un qui vous cherche sur Google arrive sur votre fiche avant votre site. Un candidat qui lit votre offre d'emploi se demande à quoi ressemble l'ambiance. Une vidéo répond aux deux, à l'endroit exact de la question.

Un tournage, plusieurs versions

C'est le point qu'un dirigeant ne peut pas deviner seul, et il se décide avant le tournage, jamais après. Une vidéo pour le site se regarde en large avec le son. Une vidéo pour un fil d'actualité se regarde souvent à la verticale, sous-titrée, avec le son coupé. Une vidéo pour un devis doit pouvoir se comprendre en trente secondes.

Quand je tourne une interview, je filme en 4K et je cadre large exprès, pour sortir plusieurs versions de la même prise. Ce que Houston avait fait à son échelle, en retouchant le film pour Digg, je le prévois dès le départ : une version pour le site, une version courte pour les réseaux, et une version pour le devis. Si on n'y pense pas avant, il faut faire revenir la personne.

Ce que ça donne en chiffres réels

Sur ma propre marque, Mozukai, la même logique m'a donné plus de 20 000 vues organiques avec moins de 1 000 abonnés. Je m'en sers comme laboratoire : c'est là que je teste ce que je conseille ensuite à mes clients.

Chez Qorumis, une publicité locale à 350 €, j'ai compté 7 500 vues, 50 visites sur le site et 3 demandes de devis. Chez Apothéose, même format : 16 000 vues, 300 visites et un nouveau client (prix nets, TVA non applicable, article 293 B du CGI). Regardez l'écart entre les vues et les visites. Le visiteur qui arrive sur le site cherche la suite de la vidéo. Si elle n'y est pas, il repart.

Par où commencer

Prenez une vidéo que vous avez déjà. Placez-la dans votre signature d'email dès aujourd'hui, ajoutez-la à votre prochain devis, et regardez ce que vos clients en disent au premier rendez-vous. Ça prend dix minutes et ça ne coûte rien.

Reste une dernière question, et c'est elle qui décide si cette vidéo sera regardée jusqu'au bout : que se passe-t-il dans les dix premières secondes ? C'est le sujet du prochain article.

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