En 1994, trois chercheurs canadiens demandent à 37 étudiants en psychologie combien de temps il leur faudra pour terminer leur mémoire. Réponse moyenne : 33,9 jours. Ils leur demandent ensuite une estimation dans le pire des cas, si tout se passe mal. Réponse : 48,6 jours.
Le temps réel, mesuré ensuite : 55,5 jours. Plus long que le pire scénario qu'ils avaient eux-mêmes imaginé, et moins d'un étudiant sur trois a tenu sa propre estimation. L'étude de Roger Buehler, Dale Griffin et Michael Ross, publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology, a donné son nom à ce biais : l'erreur de planification.
Je repense à cette étude chaque fois qu'on me demande en combien de temps on reçoit sa vidéo. La réponse honnête tient en deux chiffres. Le premier est court. C'est le second qui décide de tout.
Le chiffre court : 48 heures
Une fois le tournage terminé, vous recevez votre vidéo de présentation sous 48 heures, et une capsule interview sous 24 heures. Ce sont les délais que j'annonce sur mes offres, et je les tiens, y compris à distance : l'Alliance française de Joinville, au Brésil, a résumé notre projet par « délais respectés, malgré la distance ».
Ce délai est court pour une raison simple : le montage ne commence pas dans le vide. Les questions de l'interview ont été préparées avec vous, et ce que la vidéo doit faire ressentir a été fixé avant que j'allume la caméra. Quand j'ouvre le logiciel de montage, je sais déjà quelle histoire je raconte. Je ne la cherche pas dans les images.
Un monteur qui découvre ses rushes sans direction peut passer des jours à tourner autour. Si un prestataire vous annonce trois semaines de montage pour une vidéo d'une minute trente, la bonne question n'est pas « pourquoi si long ? » mais « qu'est-ce qui a été décidé avant le tournage ? »
Le format le plus rapide reste la publicité locale : une heure de tournage, puis une semaine de diffusion ciblée. C'est ce calendrier très court qui a donné à Qorumis 7 500 vues, 50 visites sur son site et 3 demandes de devis.
Le chiffre long : tout ce qui se passe avant
Entre le moment où un dirigeant se dit « il faudrait qu'on fasse une vidéo » et le jour du tournage, il s'écoule beaucoup plus que 48 heures. Et presque jamais à cause du vidéaste.
Le déroulé, lui, est simple : un échange de quinze minutes pour comprendre ce que la vidéo doit produire, un devis à prix fixe, la préparation des questions, puis deux heures de tournage chez vous. Sur le papier, tout ça tient en quelques jours. Dans la réalité, trois choses étirent le calendrier bien plus que le montage.
Trouver une date où tout le monde est là
Une vidéo de présentation montre une équipe, des locaux, une activité en train de se faire. Il faut donc un jour où l'atelier tourne, où la personne qui parle est libre deux heures, et où le collègue qu'on veut voir à l'image n'est pas en congés. C'est le vrai goulot d'étranglement, bien plus que mon agenda.
Faire valider par quelqu'un qui n'était pas là
Dans une PME, la vidéo est souvent portée par une personne et validée par une autre : un associé, une direction, un siège. Si cette personne découvre le projet à la livraison, elle découvre aussi des choix auxquels elle n'a pas participé. Ce n'est pas le montage qui prend du temps, c'est la discussion qui aurait dû avoir lieu avant.
C'est aussi à ce moment qu'on vérifie que la vidéo fait le bon travail. Une présentation rassure sur votre entreprise, elle ne remplace pas un témoignage client : j'explique pourquoi dans l'article sur le parcours de vos clients.
Attendre que les locaux soient prêts
Le showroom en travaux, la nouvelle enseigne pas encore posée, le site internet en refonte. C'est la raison de reporter la plus tentante, et la plus coûteuse : on attend un décor parfait qui n'arrive jamais, pendant que les prospects continuent d'arriver sur une page sans visage.
Ce qui se rattrape, et ce qui ne se rattrape pas
Voici ce que l'expérience du tournage apprend, et qu'on ne peut pas deviner de l'extérieur : un montage se corrige, un tournage non. Un texte, une couleur, un plan remplacé par un autre, tout ça se reprend en quelques minutes. Une lumière ratée, un son pris dans une pièce qui résonne, une interview tournée pendant que la personne pense à son rendez-vous suivant, rien de tout ça ne se répare au montage.
C'est pour ça que je ne rogne jamais sur la préparation pour gagner trois jours. Les jours gagnés avant le tournage se paient à l'écran, et cette fois pour toujours. À l'inverse, une préparation bien faite est exactement ce qui rend possible une livraison en 48 heures.
Un détail que peu de clients anticipent : pour les images extérieures et le drone, c'est la météo qui décide. Une façade sous un ciel bas ne donne pas la même envie qu'en plein soleil. Si ces images comptent pour vous, prévoyez une date de repli dès la réservation.
Comment raccourcir le délai de votre côté
Si vous avez une échéance, un salon, un lancement, un recrutement, partez de cette date et remontez le calendrier. En pratique :
- Fixez la date du tournage en premier, avant de peaufiner le reste. Une date posée fait avancer tout le monde.
- Associez la personne qui valide dès l'échange de départ, pas au moment de la livraison.
- Tournez dans vos locaux tels qu'ils sont. Une vraie activité filmée rassure davantage qu'un décor impeccable.
- Regardez la vidéo le jour où vous la recevez. Elle arrive sur une page en ligne où vous commentez à la seconde près, sans réunion ni échange d'emails interminable.
Le dernier point pèse plus qu'on ne le croit. Je vous livre en 48 heures, mais rien n'est diffusé tant que vous n'avez pas validé. C'est donc souvent votre relecture qui fixe la vraie date de mise en ligne.
La bonne question à se poser ensuite
48 heures pour monter, quelques jours pour préparer, et tout le reste dépend d'une date dans votre agenda. Les étudiants de 1994 n'avaient pas mal travaillé : ils avaient estimé leur temps en imaginant que rien ne viendrait se mettre en travers. Poser une date de tournage, c'est la meilleure protection contre ce biais.
Reste la question qui vient naturellement après celle du délai : « et si on le faisait nous-mêmes, au téléphone, ce serait encore plus rapide ? » Parfois, oui. Ce que le smartphone fait très bien, et ce qu'il ne fera jamais, c'est le sujet du prochain article.